Breguet · publié 27.08 · 4 min de lecture
Samsung condamné pour des cadrans imitant Breguet et Swatch
Samsung sanctionné pour des cadrans connectés imitant Swatch
La frontière entre horlogerie traditionnelle et connectée vient de prendre une tournure judiciaire. La Haute Cour britannique a condamné Samsung Electronics à verser 11,6 millions de dollars au Swatch Group, estimant que le géant coréen n’avait pas suffisamment encadré la diffusion, sur sa boutique d’applications, de cadrans numériques reprenant illicitement l’identité visuelle de plusieurs marques du groupe, dont Breguet, Longines et Omega.
En cause : une série de cadrans pour montres connectées proposés sur la plateforme Galaxy Store entre 2015 et 2019, téléchargés près de 160 000 fois. Ces créations, développées par des tiers, reproduisaient de manière trop fidèle des éléments distinctifs des montres Swatch – signatures, agencements de compteurs, typographies ou codes couleur – au point de constituer une violation des marques horlogères détenues par le groupe. Parmi elles, Breguet, maison emblématique de la haute horlogerie, figure explicitement dans la liste des marques concernées par l’affaire.
Swatch avait engagé des poursuites au Royaume-Uni en arguant que Samsung, en tant qu’opérateur de la boutique d’applications, avait manqué à ses obligations de contrôle et de modération des contenus proposés aux utilisateurs. La cour a retenu que le constructeur ne pouvait se retrancher derrière le statut de simple hébergeur, dès lors que la plateforme Galaxy Store joue un rôle actif dans la mise à disposition et la promotion des cadrans auprès des possesseurs de montres connectées Samsung.
Le montant des dommages et intérêts, fixé à 11,6 millions de dollars, reflète à la fois l’ampleur des téléchargements et le préjudice porté à l’image et à la valeur des marques de Swatch, qui investissent massivement dans leur identité esthétique et leur protection juridique. Au-delà de la dimension financière, cette décision envoie un signal fort aux acteurs de la tech : l’esthétique horlogère, même transposée dans un univers numérique, reste protégée au titre du droit des marques.
Pour Breguet, la question est loin d’être anecdotique. La maison doit une grande partie de son aura à des codes stylistiques précis – guillochage, aiguilles spécifiques, architecture des cadrans – patiemment construits au fil des décennies. Voir ces éléments reproduits sur des cadrans virtuels non autorisés, sans contrôle sur la qualité ni sur l’usage, pose un problème d’image mais aussi de dilution de la marque dans un écosystème où la frontière entre hommage et contrefaçon est parfois floue.
L’affaire souligne également les tensions entre horlogerie traditionnelle et montres connectées. Les grandes maisons voient se multiplier, sur les boutiques d’applications, des cadrans « inspirés » de leurs modèles, qui empruntent logos, noms de collections ou signatures graphiques sans autorisation. Longines et Omega, également visées dans cette procédure, sont depuis longtemps confrontées à ces dérives dans l’univers numérique, qui prolonge et amplifie les problématiques de contrefaçon déjà présentes sur le marché physique.
Pour les plateformes comme Samsung, cette décision pourrait marquer un tournant. Il ne s’agit plus seulement de répondre ponctuellement à des demandes de retrait, mais de mettre en place des mécanismes de filtrage plus rigoureux, qu’il s’agisse de détection automatique de logos ou de procédures de validation spécifiques pour les contenus reprenant des signatures de marques de luxe. À défaut, les risques juridiques et réputationnels deviennent difficiles à ignorer.
Du côté des acteurs horlogers, le jugement obtenu par Swatch devrait encourager une stratégie plus offensive dans la défense de leurs marques sur le terrain numérique. Les cadrans pour montres connectées, longtemps considérés comme un sujet périphérique, s’imposent désormais comme un enjeu stratégique : les maisons de haute horlogerie doivent choisir entre développer leurs propres cadrans officiels, encadrer des partenariats, ou affronter un flot continu de créations non autorisées pouvant brouiller la perception de leurs modèles emblématiques.
Cette condamnation de Samsung envoie un message clair : l’horlogerie de luxe ne tolérera pas que son patrimoine esthétique soit exploité sans consentement, même dans l’univers immatériel des écrans. Pour Breguet, Longines, Omega et les autres marques du Swatch Group, la bataille pour la protection des cadrans ne se joue plus seulement dans les vitrines des détaillants, mais au cœur des boutiques d’applications où se façonne désormais une part importante de l’expérience horlogère contemporaine.
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