Breguet · publié 12.09 · 8 min de lecture
Breguet et Gregory Kissling réinventent le tourbillon
En réaffirmant le rôle central de Breguet dans l’histoire du tourbillon, Gregory Kissling ne se contente pas de commémorer une date : il repositionne la complication comme terrain d’innovation contemporaine, et non simple hommage muséal. Pour un passionné, ces nouveautés sont intéressantes parce qu’elles questionnent la manière dont on peut encore faire évoluer une architecture vieille de plus de deux siècles, en jouant sur la technique, les matériaux et le registre esthétique sans trahir l’esprit d’Abraham-Louis Breguet. Elles éclairent aussi la stratégie de la maison dans le paysage actuel de la haute horlogerie, où le tourbillon est devenu un passage obligé, parfois galvaudé : Breguet rappelle qu’il en est l’inventeur, mais accepte le défi de prouver qu’il peut encore surprendre avec cette complication. Enfin, derrière les pièces, l’entretien laisse entrevoir la vision d’un CEO décidé à utiliser le tourbillon comme colonne vertébrale de l’identité future de la marque, à la fois sur le plan produit et sur le plan culturel.
Breguet a une légitimité unique lorsqu’il est question de tourbillon : la maison porte le nom de celui qui a déposé le brevet de cette invention en 1801. À l’occasion d’un entretien récent, son CEO Gregory Kissling revient sur la manière dont la marque entend célébrer cet héritage tout en évitant l’écueil du simple exercice commémoratif. La séquence actuelle, marquée par un foisonnement de nouveautés autour du tourbillon, donne à voir une maison qui assume pleinement son rôle d’inventeur, mais qui veut démontrer que cette complication peut encore être repensée, interprétée, déclinée pour parler au collectionneur d’aujourd’hui. L’enjeu est clair : ne pas se contenter d’un tourbillon de plus, mais proposer des lectures nouvelles qui justifient l’attention des amateurs déjà rompus aux grandes références historiques.
Une célébration du tourbillon qui dépasse la date anniversaire
Plutôt que d’organiser une célébration purement symbolique autour des 225 ans de l’invention du tourbillon, Kissling met en avant une approche résolument orientée produit. Le discours ne se limite pas aux chiffres ou aux archives : il s’appuie sur des créations qui rendent tangible ce que peut être un tourbillon Breguet en 2026. L’idée est d’inscrire l’invention d’Abraham-Louis Breguet dans un continuum : le tourbillon n’est pas une relique, mais une plateforme d’expérimentation où chaque nouvelle référence vient éprouver la capacité de la maison à faire dialoguer tradition et innovation. Pour le collectionneur, cet angle est fondamental : il ne s’agit pas seulement de célébrer le passé, mais de savoir quelles pièces méritent d’entrer dans une collection déjà saturée de tourbillons venant de toutes les grandes maisons.
Selon Kissling, la force de Breguet est de pouvoir articuler un récit cohérent autour du tourbillon sans renier son vocabulaire historique. Les nouveautés présentées dans le cadre de ces célébrations sont pensées pour mettre en valeur les codes de la maison – typographies Breguet, aiguilles pomme évidées, boîtes cannelées, guillochages raffinés – tout en introduisant des partis pris qui signalent au passionné que l’on n’est pas dans une simple réédition. Les modèles se positionnent comme des jalons dans une ligne de temps où la complication se modernise par touches successives plutôt que par rupture brutale, ce qui convient bien à une clientèle sensible à la continuité et à la cohérence stylistique.
De nouvelles interprétations du tourbillon Breguet
Le cœur de l’actualité tient dans ces interprétations inédites du tourbillon que Kissling évoque. Sans chercher le spectaculaire pour le spectaculaire, Breguet joue sur plusieurs registres : l’architecture du mouvement, la mise en scène du régulateur, la manière dont le tourbillon est intégré dans le cadran pour structurer la lecture de l’heure. Certaines références vont privilégier une approche quasi didactique, en offrant une vue dégagée sur la cage, les ponts, le balancier et le spiral, comme pour rappeler au collectionneur la raison d’être technique du dispositif : compenser les effets de la gravité sur l’organe régulateur dans les positions verticales. D’autres jouent davantage la carte de la théâtralisation, en transformant le tourbillon en élément central de la composition esthétique, visible, mis en scène, voire mis en lumière par des finitions contrastées.
On devine à travers les propos du CEO que Breguet entend multiplier les typologies autour du tourbillon : pièces classique-contemporaine dans la lignée des Grandes Complications, créations plus ouvertes aux matériaux modernes ou aux colorimétries moins attendues, et sans doute des références où la complication est intégrée à un langage plus technique, proche de la montre d’ingénieur. Cette diversification répond à une réalité du marché : le tourbillon n’est plus une rareté, il est présent chez la plupart des acteurs de la haute horlogerie et même dans certains segments plus accessibles. Pour continuer à faire sens, chaque tourbillon Breguet doit se distinguer par une architecture, une finition ou une histoire qui lui est propre, afin d’éviter la banalisation de la complication dans l’œil du collectionneur averti.
Tourbillon, identité de marque et positionnement dans le marché
Ce retour de Kissling sur les nouveautés autour du tourbillon est aussi une manière de clarifier la place de cette complication dans la stratégie globale de Breguet. Là où certaines maisons utilisent le tourbillon comme un marqueur ponctuel de haute horlogerie, Breguet le considère comme un pilier de son identité, au même titre que certaines signatures esthétiques historiques. Cela implique d’investir durablement dans la R&D autour des régulateurs, des matériaux de haute performance pour les composants sensibles, et des procédés de finition capables de rendre justice à l’architecture très exposée du mécanisme. Pour le passionné, cette position est rassurante : elle signifie que la maison ne se contente pas de faire du tourbillon parce que c’est attendu, mais parce que c’est au cœur de ce qu’elle veut incarner sur le long terme.
Dans un contexte où la haute horlogerie voit émerger quantité de tourbillons, parfois avec des approches très démonstratives – cages multiples, inclinaisons, apesanteur simulée, design extrême – le propos de Kissling laisse entendre que Breguet ne souhaite pas entrer dans une surenchère purement spectaculaire. La maison privilégie une forme de radicalité plus subtile, qui passe par la précision chronométrique, la qualité des finitions manuelles, la cohérence historique et le respect du cadran lisible cher à Abraham-Louis Breguet. Les nouveautés autour du tourbillon s’inscrivent ainsi dans un registre où la sophistication technique doit rester lisible et intelligible, même pour un amateur qui n’a pas un bagage d’horloger professionnel mais qui connaît les fondamentaux de la complication.
Ce qui change concrètement pour le collectionneur
Au-delà du discours, ces interprétations inédites du tourbillon ont des implications concrètes pour le collectionneur de haute horlogerie. La première est une offre enrichie, avec des pièces qui viennent occuper différents territoires : le tourbillon comme sommet d’une ligne classique, le tourbillon comme objet de démonstration technique, le tourbillon comme manifeste contemporain. Cela ouvre la possibilité de construire une collection de tourbillons Breguet non pas autour d’un seul modèle emblématique, mais autour d’un ensemble de références qui dialoguent entre elles en retraçant l’évolution de la maison dans sa manière de traiter l’invention d’origine. Pour un amateur déjà propriétaire de tourbillons d’autres marques, cette diversité permet de considérer Breguet non plus seulement comme le « fondateur historique », mais comme un acteur encore très présent dans la conversation esthétique et technique du moment.
La deuxième implication concerne la perception de la valeur. En mettant l’accent sur des interprétations qui se veulent spécifiques à Breguet, la maison cherche à renforcer le sentiment de légitimité associé à ses tourbillons. Le collectionneur, habitué à comparer les propositions des différentes maisons, peut ainsi évaluer ces nouveautés non seulement à l’aune du prix ou du statut de la complication, mais à travers le prisme de la cohérence avec l’histoire de la marque et la qualité du discours qui l’accompagne. Quand Kissling insiste sur la nécessité de « réinventer » une invention vieille de 225 ans, il envoie un message clair : chez Breguet, le tourbillon n’est pas un simple label de prestige, mais un sujet de recherche en mouvement, susceptible de produire des pièces qui, dans quelques années, pourraient être considérées comme des jalons importants dans l’évolution de la complication.
Enfin, pour le passionné qui lit cet entretien en cherchant à anticiper les axes de développement futurs, ces nouveautés autour du tourbillon peuvent être vues comme un laboratoire. Ce que Breguet teste ici – nouvelles architectures, partis pris esthétiques, alliances de matériaux – pourrait irriguer d’autres segments de la collection à moyen terme. Le tourbillon devient alors non seulement une vitrine, mais un moteur de renouvellement du langage horloger de la maison. À l’échelle du paysage global de la haute horlogerie, cela contribue à maintenir une tension créative autour d’une complication que l’on croyait parfois figée, et offre aux passionnés une raison supplémentaire de suivre de près les évolutions de Breguet dans les années à venir.
Chez Breguet
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