Le Remontoir

Vacheron Constantin · publié 18.09 · 4 min de lecture

Concours Vacheron : un canon patrimonial sous concours

L’avis du Remontoir

Pour un passionné de haute horlogerie, ce Concours d’Élégance Horlogère n’est pas une énième opération de visibilité : c’est la mise en place, par Vacheron Constantin et Phillips/Bacs & Russo, d’un cadre de légitimation inédit pour le patrimoine de la maison, avec des règles, des catégories et un jugement public daté. En invitant les propriétaires de pièces produites entre 1755 et 1999 à les soumettre à un jury international, la manufacture fait sortir son héritage des coffres et des catalogues pour l’exposer, le comparer et le hiérarchiser, au grand jour. Concrètement, cela change la manière dont on collectionne, dont on documente et dont on valorise une Vacheron : à partir de novembre 2026, certaines références auront un pedigree validé par un concours, d’autres non. Et ce basculement, organisé avec une maison de ventes qui fait la pluie et le beau temps sur le marché secondaire, aura un impact durable sur la cartographie du goût et des prix Vacheron.

Le premier signal fort, c’est le périmètre choisi : le concours est ouvert aux montres de poche et montres-bracelets Vacheron Constantin lancées entre 1755 et 1999, excluant les quartz, les horloges et les pièces lourdement modifiées, avec un système d’inscription limité du 19 janvier au 30 avril 2026 en boutique ou en ligne. En fixant une borne supérieure à 1999 et en filtrant les pièces trop retouchées, Vacheron Constantin fait clairement du concours un instrument de sélection de son corpus historique « légitime », celui qui peut prétendre au statut de référence de collection sans débat sur l’authenticité ou le caractère d’époque. Pour le collectionneur, cela revient à voir la marque tracer une ligne rouge : ce qui est éligible accède à la scène, ce qui est en dehors – néo-vintage, quartz, customisations – restera durablement en marge de son récit officiel.

La structure même du concours confirme cette volonté de réécrire la hiérarchie interne du patrimoine Vacheron : sept catégories sont définies – Mécanismes sonores, Chronographes, Complications astronomiques, Complications multiples, Chronomètre Royal, Métiers d’Art et Design – et les montres sont évaluées selon neuf critères, dont l’authenticité, l’élégance, la rareté, l’impact sur l’histoire de la maison ou de l’horlogerie, la provenance, la technicité, les métiers d’art, l’état de conservation et la dimension émotionnelle. Ce découpage n’est pas neutre : il consacre durablement certains axes identitaires – le Chronomètre Royal comme pilier distinct, les métiers d’art comme territoire propre, la sonnerie comme signe de maîtrise – et laisse d’autres champs plus discrets (calibres simples, montres de voyage, pièces féminines classiques) en dehors des projecteurs. À terme, les résultats de novembre 2026 fonctionneront comme une grille de lecture : ils diront, noir sur blanc, quels types de Vacheron sont considérés comme « nobles » par la maison et par le marché.

L’autre élément déterminant pour un passionné, c’est le dispositif de mise en scène : un maximum de 35 garde‑temps sera sélectionné et présenté lors du Geneva Watch Auction XXIV de Phillips, à l’hôtel President à Genève, entre le 4 et le 10 novembre 2026, avant l’annonce des lauréats le 10 novembre. En adossant l’exposition des pièces à une grande vente genevoise, Vacheron Constantin choisit de faire du concours un événement au cœur de la place de marché, pas une célébration interne. Les montres primées seront vues, photographiées, commentées par les mêmes acteurs qui dictent les adjudications records : maisons de ventes, marchands, consultants, médias spécialisés. Un trophée d’élégance décerné dans ces conditions devient de facto un signal pour le marché secondaire, même sans dotation financière, et c’est là que le concours déplace concrètement la valeur : il fabrique des « références phares » Vacheron avec une exposition quasi muséale, mais en environnement marchand.

La composition du jury et l’absence de dotation financière inscrivent enfin le concours dans une logique de canonisation plutôt que de marketing de volume. Le jury international est co‑présidé par Aurel Bacs, figure centrale des grandes enchères horlogères, et Christian Selmoni, directeur du Style et du Patrimoine de Vacheron Constantin, avec des prix purement honorifiques décernés dans chaque catégorie. Cette gouvernance bicéphale – marché d’un côté, maison de l’autre – permet à Vacheron de faire valider son narratif historique par un acteur extérieur incontesté, tout en gardant la main sur la cohérence stylistique et patrimoniale. Pour le collectionneur pointu, l’enjeu n’est pas le prix en soi, mais l’inscription de certaines pièces dans une liste courte de montres « consacrées » : un résultat du Concours d’Élégance Horlogère deviendra une ligne de provenances à part entière, au même titre qu’une publication monographique ou une exposition muséale, et modifiera durablement la manière dont on lit une fiche de vente Vacheron Constantin.

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