Rolex · publié 14.09 · 5 min de lecture
Rolex reste roi, mais les budgets ne lui appartiennent plus
Pour un lecteur du Remontoir, le rapport 2026 de Chrono24 ne dit pas simplement que « Rolex reste numéro un » : il acte surtout la fin d’un cycle où la couronne aspirait à elle seule l’essentiel des budgets sur le marché secondaire. Voir Rolex revenir autour de 30,5 % du volume de transactions, après un pic à 44 % en 2022, signifie concrètement que chaque euro dépensé en montre circule davantage vers d’autres signatures fortes – et que le paysage concurrentiel des pièces de haut de gamme se densifie. Pour qui suit de près les dynamiques de prix et de liquidité, c’est un basculement majeur : Rolex demeure la référence, mais n’est plus l’unique langue dans laquelle s’exprime la valeur horlogère sur le marché global.
Le premier enseignement, c’est que la domination de Rolex se normalise sans disparaître : Chrono24 indique que la marque représente désormais 30,5 % des transactions sur sa plateforme, contre 44 % au plus fort de la bulle post‑pandémie. Cette décrue ne traduit pas un désamour, mais le retour à des niveaux de marché proches de l’avant‑covid, avec la fin des primes extravagantes sur les Submariner, Daytona ou GMT‑Master qui faisaient exploser les graphiques de prix. Pour l’acheteur averti, cela signifie que Rolex retrouve son statut d’actif solide mais moins spéculatif, et que le secondaire redevient un terrain de sélection plutôt qu’un simple sprint vers la première référence dispo en vitrine grise.
Dans ce nouvel équilibre, la façon dont les collectionneurs répartissent leurs budgets est au cœur du rapport : Chrono24 note que les parts de marché de Rolex ont reculé de 3 à 8 points suivant les tranches de prix au‑dessus de 5 000 €, au profit de maisons comme Cartier, Patek Philippe, Audemars Piguet ou Vacheron Constantin. Autrement dit, les montants qui partaient systématiquement sur une Oyster, une Professional ou une Day‑Date irriguent désormais des propositions classiques – Santos, Reverso, Patrimony, Calatrava – que l’on voyait moins dans les conversations il y a encore cinq ans. Pour un passionné, ce n’est pas une dispersion anarchique du goût, mais une réallocation rationnelle vers des signatures dont la légitimité historique n’a jamais été en question et dont le rapport prix/image redevient compétitif face aux Rolex devenues inaccessibles sur liste.
Le rapport montre aussi que la domination de Rolex se redéfinit à l’intérieur même de son catalogue, ce qui change très concrètement l’architecture des collections : la Datejust devient la première génératrice de revenus de la marque sur Chrono24, pesant à elle seule près de 28 % du chiffre d’affaires Rolex sur la plateforme, devant les grands icônes sportives. Cette bascule des budgets des professionnels vers les modèles plus classiques révèle une maturité accrue du marché secondaire, qui ne se limite plus au triptyque Submariner–Daytona–GMT‑Master, mais redécouvre la pertinence de la montre de ville à 36 ou 41 mm, acier ou Rolesor, comme socle d’une collection. Pour les détaillants comme pour les acheteurs, c’est le signe que le « tout sport » qui structurait la décennie 2010 est en train de se tasser au profit de pièces plus transversales dans un usage quotidien.
Cette diversification n’empêche pas Rolex de rester l’axe principal autour duquel s’organise le marché : Chrono24 précise que la marque tient encore environ 31 % du volume de ventes en valeur, loin devant Omega autour de 11 % et Patek Philippe autour de 6 %. Dans toutes les tranches de prix au‑dessus de 5 000 €, la couronne reste numéro un, avec une emprise particulièrement forte entre 10 000 et 20 000 €, où elle capte près de 61 % du volume, et encore 39 % au‑delà de 20 000 €. Pour un passionné de haute horlogerie, cela signifie que la liquidité d’une pièce de collection reste en grande partie indexée sur la présence ou non d’une couronne sur le cadran, mais que des segments entiers – la haute horlogerie indépendante, la grande complication classique, la montre joaillière – commencent à exister à côté de Rolex plutôt que sous son ombre portée.
Enfin, la géographie et la démographie du marché confirment que le rapport à Rolex se complexifie. Chrono24 souligne que les acheteurs nord‑américains consacrent désormais 35 % de leurs transactions horlogères à Rolex, contre environ 27 % en 2018, tandis que la part de la marque recule en Asie, passée de plus de 30 % à environ 20 %. Les moins de 30 ans restent le groupe qui alloue la plus grande part de leur budget montres à Rolex – autour de 34 % – mais ce sont aussi ceux qui ont le plus réduit cette exposition, là où les plus de 60 ans se situent autour de 27 %. En pratique, le marché n’est plus structuré par une génération ou une région monolithiquement « Rolex‑centrée » : il devient un écosystème où la couronne coexiste avec une palette élargie de signatures, et où la sophistication des acheteurs se mesure autant à leur capacité à sortir de Rolex au bon moment qu’à savoir sécuriser la bonne référence quand il le faut.
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