Le Remontoir

Hublot · publié 09.09 · 8 min de lecture

Hublot x Jeff Koons : une collaboration au-delà du cadran

L’avis du Remontoir

Pour un passionné, cette annonce n’est pas qu’un nouveau « ambassadeur » de plus : c’est l’entrée de Hublot dans une collaboration artistique qui a vocation à structurer l’identité de la marque sur plusieurs années, avec des pièces manifestement pensées comme des manifestes esthétiques autant que comme des objets mécaniques. Le lancement à New York et la promesse d’un nouveau mouvement dédié indiquent que l’on n’est pas face à un simple exercice de cadran décoré, mais à un projet où le vocabulaire kitsch-pop de Koons va devoir se traduire en volumes, en complications et en architecture horlogère – avec, potentiellement, un impact durable sur les collections futures.

Hublot vient d’officialiser une collaboration d’envergure avec Jeff Koons, figure majeure – et controversée – de l’art contemporain, qui devient par la même occasion nouveau ambassadeur de la marque. Baptisé « Beyond the Canvas », ce partenariat se cristallisera autour de créations horlogères inédites et d’un nouveau mouvement, avec une première présentation annoncée à New York à la mi-septembre 2026. L’artiste, connu pour ses Balloon Animals, ses détournements de symboles populaires et sa capacité à transformer des objets du quotidien en icônes culturelles, se frotte ainsi pour la première fois à l’horlogerie.

Une collaboration pensée comme un projet culturel, pas un simple décor

Dans son communiqué, Hublot insiste sur le fait que la collaboration ne se limite pas à appliquer des motifs de Koons sur des cadrans ou des boîtes, mais à « réinventer » la manière dont le temps est mis en scène. La formule « Beyond the Canvas » traduit l’idée que le langage visuel de Koons doit sortir du cadre traditionnel de l’œuvre pour devenir architecture de montre : volumes, jeux de lumière, contrastes de textures et de couleurs, potentiellement jusqu’aux finitions des composants du mouvement. Le discours commun de la marque et de l’artiste tourne autour de la transformation de tensions en formes, de contradictions en harmonie, d’excès en précision – une manière de dire que l’exubérance visuelle sera soutenue par une rigueur mécanique assumée.

Jeff Koons, nouvelle figure de proue dans la stratégie « art & culture » de Hublot

Hublot n’en est pas à sa première incursion dans le champ artistique : la maison s’est déjà associée à des artistes et designers contemporains pour des éditions limitées, s’inscrivant dans une stratégie de collaborations qui font écho à son positionnement « art of fusion ». L’arrivée de Jeff Koons marque toutefois un changement de tonalité. On parle ici d’un artiste qui occupe le sommet du marché de l’art contemporain, dont les œuvres atteignent des records aux enchères et divisent régulièrement critiques et collectionneurs par leur mélange de culture populaire, de kitsch assumé et de virtuosité technique. Le choix de Koons comme ambassadeur officiel signifie que Hublot entend assumer pleinement ce registre de polarisation, au-delà d’une simple opération de communication ponctuelle.

En le positionnant comme nouvelle figure de proue, la marque ne mise pas seulement sur sa notoriété : elle inscrit la collaboration dans une logique de récit, où le travail de Koons sur la perception, la répétition, le reflet et le gonflable – ces thèmes qu’on retrouve dans ses sculptures monumentales – peut nourrir une réflexion sur la manière dont un garde-temps matérialise le temps, la mémoire et la conscience. Les premières prises de parole autour du projet évoquent d’ailleurs explicitement les dimensions métaphysiques et philosophiques du temps, dont les montres à venir devront, en théorie, donner une traduction tangible.

Des pièces « manifestes » et un nouveau mouvement annoncés

Au-delà du statut d’ambassadeur, l’annonce précise que la collaboration donnera naissance à des pièces emblématiques et à un nouveau mouvement, dont les caractéristiques techniques n’ont pas encore été détaillées. C’est un point crucial pour les amateurs de belle horlogerie : Hublot ne semble pas se contenter d’un relookage de calibres existants, mais annonce une base mécanique spécifiquement associée à l’univers Koons. Reste à savoir s’il s’agira d’une évolution d’un calibre maison existant (chronographe, tourbillon, complication de type calendrier ou autre) ou d’un développement plus radical pensé dès le départ comme « sculpture cinétique » au poignet.

Ce nouveau mouvement est présenté comme devant faire partie d’une première vague de créations dévoilées à New York, avec au moins une pièce qualifiée d’« exceptionnelle » dans les communications anglophones. Le terme suggère une réalisation hors norme, soit par sa complexité, soit par son format (pièce unique, série ultra-limitée, objet de galerie autant que montre), visant clairement le segment collectionneur, plus que le simple client lifestyle. La localisation du lancement – New York – n’est pas anodine : c’est la ville où Koons a construit une grande partie de sa carrière, et un marché clé pour Hublot, ce qui laisse penser à un événement à mi-chemin entre vernissage et présentation de produit.

Un vocabulaire visuel à transposer en horlogerie

Pour un passionné, la vraie question est celle de la traduction de l’univers visuel de Koons dans les codes horlogers. L’artiste travaille depuis plus de quarante ans sur la transformation d’objets banals en symboles, via des changements d’échelle, des surfaces parfaitement polies, des couleurs éclatantes et des effets de reflet qui renvoient le spectateur à sa propre image. Transposer ce vocabulaire à la montre suppose de jouer sur la tridimensionnalité du cadran, de la boîte et du verre, voire sur la structure même du mouvement. On peut imaginer, sans que cela soit encore confirmé, des garde-temps jouant sur des volumes arrondis rappelant ses Balloon Animals, des finitions miroir pouvant dialoguer avec le poli des boîtiers, ou des éléments graphiques travaillés comme des « icônes » au sein du cadran.

L’un des enjeux techniques sera de concilier cette exubérance formelle avec les contraintes de lisibilité, de résistance et d’ergonomie inhérentes à une montre portée au quotidien. Hublot a l’expérience des matériaux innovants – céramiques colorées, saphir transparent, composites – qui pourrait s’avérer précieuse pour matérialiser des idées issues du vocabulaire de Koons. Le défi consiste à éviter que la montre ne soit qu’un support d’illustration, pour rester un objet où la mécanique, les proportions et la qualité d’exécution parlent autant que le concept artistique.

Positionnement dans le paysage des collaborations art x horlogerie

Cette annonce s’inscrit dans un mouvement plus large : la multiplication, depuis une dizaine d’années, des collaborations entre grandes maisons et artistes ou designers contemporains. Toutefois, la plupart des partenariats restent cantonnés à des séries limitées décorées, sans impact sur le cœur de la collection ni sur les développements techniques. En médiatisant la création d’un nouveau mouvement et en faisant de Koons un ambassadeur global, Hublot semble vouloir franchir un cap : l’art ne serait plus un vernis appliqué sur un produit existant, mais un moteur de développement à la fois stylistique et mécanique.

Pour les collectionneurs, l’intérêt de ce type de projet se mesurera sur trois axes : la cohérence du discours artistique avec l’objet final, la qualité intrinsèque du mouvement et de la finition, et la manière dont ces pièces s’intègrent, ou non, dans la trajectoire historique de la marque. Hublot joue ici une carte risquée mais potentiellement structurante : si la collaboration avec Koons produit des montres à la fois audacieuses et techniquement solides, elle pourrait redéfinir la perception de la maison auprès d’un public de connaisseurs parfois sceptiques vis-à-vis des collaborations trop « marketing ».

Ce que cela change concrètement pour les amateurs

À court terme, cette annonce signifie qu’il faudra suivre de près le lancement new-yorkais de mi-septembre, qui devrait dévoiler au moins une pièce phare et donner les premières réponses sur la nature du nouveau mouvement. À moyen terme, si le partenariat se confirme comme un projet au long cours, on peut anticiper l’émergence d’une « ligne Koons » chez Hublot, avec un vocabulaire formel propre, des séries limitées recherchées et, potentiellement, un marché secondaire spécifique pour ces références. Pour l’instant, la maison n’a pas communiqué de détails sur les volumes de production, les prix ou la disponibilité, mais l’orientation « pièce exceptionnelle » laisse imaginer un positionnement résolument haut de gamme.

Pour les lecteurs du Remontoir, l’enjeu est de ne pas réduire cette collaboration à son aspect spectaculaire et de rester attentifs aux informations techniques qui seront dévoilées dans les prochaines semaines : architecture du calibre, finitions, innovations éventuelles, mais aussi cohérence entre l’idée de « Beyond the Canvas » et le résultat concret au poignet. C’est à ce niveau que se jouera la différence entre une opération d’image et une véritable contribution de Jeff Koons à la haute horlogerie.

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