Le Remontoir

Hublot · publié 16.09 · 4 min de lecture

Hublot x Jeff Koons : quand l’art dicte la mécanique

L’avis du Remontoir

Avec Jeff Koons, Hublot ne signe pas une « collab art » de plus, mais fait basculer son discours sur l’Art of Fusion dans quelque chose de beaucoup plus littéral : l’art contemporain ne sert plus de vernis, il devient l’architecture même des pièces. Pour un passionné de haute horlogerie, l’enjeu est double : d’un côté, un MP-14 qui marque une première technique majeure pour la marque avec un tourbillon central automatique pensé comme objet cosmologique ; de l’autre, une Classic Fusion Balloon Dog qui assume pleinement le statut de sculpture portable, avec des volumes et des matières dictés par le vocabulaire formel de Koons. Autrement dit, Hublot ne se contente plus de signer un cadran « by Jeff Koons » : la logique de transformation propre à l’artiste est intégrée au produit, jusqu’au choix des éditions, des matériaux, des volumes et du positionnement prix.

Annoncée à Nyon le 9 septembre puis dévoilée à New York le 16 septembre, la collaboration s’articule autour de deux montres aux rôles clairement différenciés : la Classic Fusion Balloon Dog, déclinée en trois éditions – acier inoxydable poli miroir, aluminium anodisé rouge et aluminium anodisé bleu – chacune limitée à 200 exemplaires, et le MP-14 Origin by Jeff Koons, pièce conceptuelle limitée à 30 pièces seulement. Cette répartition n’est pas anecdotique : Hublot organise délibérément un couple « sculpture iconique accessible dans l’univers Koons » versus « manifeste technico-artistique ultra‑confidentiel », qui structure la lecture de la collaboration et, pour un collectionneur, la place de chaque référence dans une stratégie de gamme clairement hiérarchisée.

Sur le plan technique, le MP-14 Origin marque une rupture nette dans le catalogue Hublot : la montre est construite autour d’un tourbillon central automatique, animé par le calibre manufacture HUB9014, avec masse périphérique et une architecture de 594 composants, offrant 60 heures de réserve de marche. Le choix d’une boîte-sculpture en saphir et de cercles en or blanc sertis de diamants et de saphirs bleus n’est pas un simple exercice décoratif ; il transpose directement les recherches de Koons autour de ses Gazing Ball – ces sphères réfléchissantes associées à des statues – dans une grammaire horlogère où la complication centrale devient littéralement le « cœur créateur » de l’objet. Pour qui suit Hublot depuis les premières MP, la pièce acte un glissement : la ligne MP n’est plus seulement le laboratoire technique de la marque, mais le lieu où l’esthétique d’un artiste contemporain prend la main sur la mise en scène de la mécanique.

À l’autre extrémité de la collaboration, la Classic Fusion Balloon Dog assume une logique inverse : partir d’une icône sculpturale mondialement reconnue et la contraindre dans le format d’une montre de série. Le boîtier de Classic Fusion est re‑architecturé pour intégrer des volumes inspirés des formes gonflables, la finition poli miroir en acier comme en aluminium cherchant à reproduire les reflets saturés des Balloon Dog monumentaux. Le calibre automatique HUB1710 reste volontairement plus classique, l’innovation se jouant sur la matérialité : utiliser l’aluminium anodisé pour obtenir les rouges et bleus caractéristiques de Koons, et accepter qu’une montre de luxe puisse se comporter avant tout comme un support de présence visuelle. Pour un amateur habitué aux Classic Fusion plus « sages », cette famille Balloon Dog est une démonstration de ce que Hublot entend par transformation d’un symbole en objet wearable, quitte à faire passer la lisibilité et la retenue au second plan.

Enfin, la politique de distribution et de prix inscrit le projet dans une logique de collection : la Classic Fusion Balloon Dog, annoncée autour de 24 600 euros selon les communications européennes de la marque, reste à hauteur des séries artistiques précédentes de Hublot, avec une disponibilité dans des points de vente sélectionnés. Le MP-14 Origin, lui, est positionné à un niveau proche du demi‑million de dollars/euros sur certains marchés, avec une diffusion ultra‑restreinte à 30 exemplaires, ce qui le place de facto dans la catégorie des pièces manifestes que l’on voit davantage dans des contextes muséaux ou de haute collection que dans un usage quotidien. En combinant ces deux registres dans une seule annonce, Hublot ne cherche pas seulement la visibilité médiatique : la marque verrouille un récit où la transformation chère à Koons se lit aussi dans la stratification de ses gammes, de la montre‑sculpture « accessible » au collector cosmologique presque hors marché, et invite les passionnés à juger la cohérence de l’ensemble à l’aune de cette ambition déclarée.

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