Le Remontoir

Breitling · publié 03.09 · 8 min de lecture

Gallet, la nouvelle porte d’entrée de Breitling

L’avis du Remontoir

Avec la relance de Gallet, Breitling ne se contente pas d’ajouter une énième « marque historique » à son portefeuille : il redessine concrètement les paliers d’accès à son univers, entre Universal Genève en haut de la pyramide et Breitling au centre. Pour un passionné de chronographes, cela signifie l’arrivée d’une offre pensée comme « entrée de gamme » de la House of Brands, mais avec une vraie profondeur historique, des calibres cohérents (Sellita pour le cœur de gamme, B09 pour les pièces de caractère) et une distribution adossée aux boutiques Breitling. Cela rebat les cartes du segment des chrono suisses à 3 000–5 000 CHF, jusque-là dominé par des marques indépendantes, et ouvre la voie à une nouvelle génération de rééditions Gallet potentiellement très ciblées sur les attentes des collectionneurs. Surtout, c’est le premier test grandeur nature du modèle multi-marques de Georges Kern : si Gallet trouve son public, la House of Brands pourrait devenir un acteur structurant du paysage horloger des années à venir.

Gallet, maison fondée en 1826 à La Chaux-de-Fonds et souvent présentée comme l’un des plus anciens noms de l’horlogerie suisse, revient officiellement sur le devant de la scène à l’occasion de son 200e anniversaire. Breitling, qui a acquis la marque en amont, orchestre cette renaissance au sein de sa stratégie « House of Brands », aux côtés d’Universal Genève relancé plus tôt dans l’année.

En repositionnant Gallet comme marque sœur, Breitling lui confère un rôle précis : celui d’un point d’entrée dans le groupe, avec des montres plus accessibles que celles estampillées Breitling ou Universal Genève, mais adossées à une infrastructure industrielle et commerciale robuste (fabrication, distribution, SAV). Le lancement se fait en fanfare à Genève, lors des Geneva Watch Days 2026, vitrine idéale pour repositionner Gallet face aux nombreuses marques indépendantes actives sur le segment des chronos d’inspiration vintage.

Les premières indications de prix situent Gallet dans une fourchette d’environ 3 000 à 5 000 CHF selon les modèles et les configurations, soit au cœur du segment des chronographes suisses « sérieux » mais encore rationnels pour un collectionneur averti. Ce positionnement tarifaire est le pivot de la stratégie : assez accessible pour jouer le rôle de porte d’entrée de la House of Brands, mais suffisamment élevé pour justifier des finitions et des spécifications au-dessus du simple « entry level » intégriste.

Reste la question qui intéresse vraiment les passionnés : que propose Gallet sur le plan horloger, au-delà du storytelling centenaire. Le groupe a choisi pour le lancement une gamme structurée autour de l’identité historique de la marque : le chronographe utilitaire, pensé pour le voyage, l’exploration et le sport, plutôt que la montre de ville purement décorative.

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Quatre collections pour une identité cohérente

La nouvelle Gallet s’articule autour de quatre collections principales, toutes logées dans un univers narratif commun centré sur le voyage et le « wanderlust » : Flying Officer, Multichron Pilot, Multichron Sport et Gallet Classics. Chaque ligne décline une facette de l’ADN fonctionnel de la marque, tout en respectant des codes contemporains de portabilité et de lisibilité.

La Flying Officer fait naturellement figure de pièce emblématique. Historiquement conçue comme instrument de navigation, elle revient en deux interprétations : une Flying Officer Chronograph, au diamètre autour de 40 mm, et une Flying Officer Automatic, qui apporte une option plus simple d’usage pour un port quotidien. Les versions chronographe affichent des cadrans chargés mais lisibles, avec échelles de temps et indications adaptées aux voyages, dans un esprit proche des pièces d’origine mais revisitées pour un public contemporain.

Les Multichron Pilot et Multichron Sport prolongent cette logique utilitaire. La Multichron Pilot, en diamètre légèrement supérieur, se positionne comme le chrono « d’exploration », pensé pour des conditions changeantes, avec des codes qui évoquent autant l’aviation légère que le voyage au long cours. La Multichron Sport, un peu plus ramassée, se concentre sur l’idée de speed et de performance, avec des cadrans plus contrastés et des configurations de bracelets adaptées à un usage plus dynamique, voire tout-terrain.

Enfin, la collection Gallet Classics occupe un rôle particulier dans le dispositif. Elle regroupe trois chronographes à remontage manuel, tous en acier et dans un diamètre autour de 38 mm, inspirés chacun d’une référence historique précise : Tribute to Yachting Big Eye, Tribute to Multichron 45 et Tribute to Silverlight. Ces modèles sont développés comme des pièces de caractère, à destination des puristes qui connaissent les archives de la marque et attendent des rééditions respectueuses, tant dans les proportions que dans les détails de design.

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Calibres, architecture de gamme et choix techniques

Sur le plan mécanique, le groupe a opté pour une architecture à deux niveaux qui matérialise très clairement le positionnement de Gallet. Le cœur de la gamme – Flying Officer Chronograph, Multichron Pilot et Multichron Sport – repose sur des calibres Gallet dérivés de mouvements Sellita, avec notamment un chronographe basé sur la plateforme SW510. Ce choix permet de maîtriser les coûts tout en garantissant robustesse, facilité de service et une réserve de marche généreuse, autour de 60–65 heures selon les configurations.

Les Gallet Classics, en revanche, sont toutes équipées du calibre Breitling B09, chronographe manufacture à remontage manuel déjà connu des amateurs pour ses applications chez Breitling et Tudor. Cette décision est clairement un signal envoyé aux collectionneurs : au sommet de la gamme Gallet, on retrouve un mouvement maison, à la fois plus noble et plus exclusif, associé à des pièces au diamètre contenu et au design très proche des originaux. C’est le segment le plus « horloger » de l’offre, celui qui parle directement au passionné en quête de sensations de remontage, de cadrans sobres et de boîtiers compacts.

À noter que, dans cette configuration, Gallet n’entre pas en concurrence frontale avec Breitling ou Universal Genève sur le terrain des grandes complications ou des mouvements maison systématiques. Le recours majoritaire à des bases Sellita sur le cœur de gamme souligne sa vocation d’entrée dans la House of Brands : une horlogerie suisse sérieuse, mais volontairement plus simple, non certifiée COSC, et pensée pour rester dans une enveloppe tarifaire raisonnable pour un premier « vrai » chrono. Les Classics, elles, jouent un rôle de pont vers un univers plus exigeant, sans cannibaliser les références majeures de Breitling.

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Distribution, expérience client et rôle des boutiques Breitling

Autre point structurant pour un passionné : la manière dont Gallet sera distribuée. Plutôt que de recréer de zéro un réseau, Breitling a choisi d’intégrer Gallet dans ses propres boutiques et détaillants, avec des corners dédiés et une mise en scène spécifique. Cette approche offre à Gallet la puissance de feu d’un réseau déjà global, tout en permettant de différencier clairement les univers des trois marques du groupe.

Pour le collectionneur, cela change concrètement l’expérience : on pourra manipuler une Flying Officer ou une Multichron Sport dans le même espace que les Navitimer et Chronomat, comparer directement les finitions, les sensations de remontage, les proportions au poignet, et situer les Gallet par rapport aux Breitling sur des critères tangibles. Les Geneva Watch Days 2026 servent de premier laboratoire à cette cohabitation, avec un dispositif de présentation où Gallet est à la fois mise en avant comme marque indépendante dans son storytelling, et assumée comme membre à part entière de la House of Brands.

Cette distribution intégrée s’accompagne d’un autre bénéfice réel : le support après-vente du groupe. Les utilisateurs de Gallet profitent de l’écosystème de Breitling en matière de service, de disponibilité de pièces et de formation des horlogers, ce qui réduit le risque souvent associé à la relance de marques historiques : celui de se retrouver avec un chronographe sympathique mais difficile à faire entretenir à horizon dix ou quinze ans.

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Ce que cela signifie pour le marché des chronographes historiques

Pour le marché, le retour de Gallet dans cette configuration est un signal fort. D’un côté, il confirme la tendance lourde des grands groupes à capitaliser sur des noms historiques pour occuper chaque palier de prix, avec une segmentation fine de leurs offres. De l’autre, il injecte un acteur supplémentaire dans un segment déjà très concurrentiel, celui des chronographes inspirés du milieu du XXe siècle, dans des diamètres contenus et des mouvements éprouvés.

Pour les passionnés, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de voir si Gallet saura proposer des rééditions qui ne se contentent pas de surfer sur la nostalgie, mais qui respectent les proportions, la profondeur des cadrans, la typographie, l’épaisseur des boîtiers et la cohérence des échelles – autant de points sur lesquels les amateurs sont désormais extrêmement exigeants, après deux décennies de rééditions plus ou moins réussies. Ensuite, de mesurer si le rapport prix / contenu – combinaison design, calibre, finition, héritage – se place au niveau des meilleures propositions actuelles des marques indépendantes et des grands noms établis.

Enfin, il faudra observer comment Breitling gère l’équilibre entre ses trois univers : Universal Genève en haut de la pyramide, avec une ambition clairement haute horlogerie vintage revisitée ; Breitling au centre, avec un spectre large allant du chronographe d’aviation au sport-chic contemporain ; et Gallet comme porte d’entrée, focalisée sur le chrono utilitaire à prix contenu. Pour un lecteur du Remontoir, la vraie question est peut-être là : cette House of Brands parviendra-t-elle à créer des trajectoires cohérentes d’ascension pour les collectionneurs, de la Flying Officer Automatic jusqu’à une Universal Genève de haut vol, sans diluer l’identité de chacune des marques.

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