L’avis du Remontoir
L’intérêt de cette sélection n’est pas de découvrir cinq curiosités sorties d’un catalogue oublié : c’est de rappeler que Rolex n’a jamais été aussi monolithique que son image actuelle le laisse croire. Pour un passionné, ces pièces déplacent le sujet de la « vraie Rolex » — souvent réduite à la Submariner, à la GMT-Master ou à la Daytona — vers une histoire où la maison a aussi expérimenté la forme, la proportion et le registre habillé. La King Midas, lancée en 1962 avec son boîtier en forme de flèche, suffit à contredire l’idée d’une marque historiquement prisonnière du boîtier Oyster rond.
La King Midas est le cas le plus révélateur : Le Figaro la date de 1962 et la range parmi les créations aux côtés desquelles les années 1950 et 1960 apparaissent comme une période particulièrement inventive pour l’horlogerie. Sa silhouette en flèche n’est donc pas une fantaisie marginale, mais une prise de position esthétique de Rolex dans le segment du luxe précieux — très éloignée de la logique d’outil qui a ensuite dominé la perception de la marque.
Le contraste est encore plus net avec la Cellini. En 2016, Le Figaro décrivait une collection réduite à trois modèles — Cellini Time, Cellini Date et Cellini Dual Time — preuve que Rolex entretenait alors une véritable ligne de montres classiques, distincte de ses familles sportives. La sélection d’Esquire prend ainsi une valeur documentaire : elle remet en circulation des références qui montrent que l’identité Rolex s’est aussi construite autour de l’or, de la finesse et de l’affichage du temps, pas seulement autour de la lunette graduée et de l’étanchéité.
C’est précisément pour cela que ces modèles restent plus instructifs qu’une simple liste de « Rolex étranges ». Le Figaro associe la King Midas à la Ventura de Hamilton, à la Patek Philippe 3424 et à la Crash de Cartier, toutes issues d’une période où les maisons acceptaient davantage de laisser le boîtier imposer la personnalité de la montre. Chez Rolex, les cinq références réunies par Esquire documentent donc moins une excentricité qu’une partie effacée de la stratégie esthétique de la marque : avant de devenir un signe immédiatement reconnaissable, Rolex a aussi cherché à surprendre par la forme.
Chez Rolex
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