Le Remontoir

Longines · publié 27.08 · 4 min de lecture

Samsung condamné pour des cadrans imitant Longines

Samsung sanctionné à Londres pour des cadrans imitant Longines

La bataille juridique opposant Swatch Group à Samsung vient de connaître un tournant majeur devant la Haute Cour de Londres. Le conglomérat helvétique, propriétaire notamment de Longines, Omega et Breguet, a obtenu la condamnation du géant sud-coréen de l’électronique à lui verser 11,6 millions de dollars de dommages et intérêts. En cause : la présence, sur l’écosystème des montres connectées Samsung, d’applications proposant des cadrans reprenant sans autorisation des logos et des designs de plusieurs marques du groupe.

Au cœur du dossier, se trouvent des « watchfaces » – ces cadrans numériques téléchargeables par les utilisateurs – qui imitaient de manière jugée « substantielle » par Swatch les créations de Longines, mais aussi d’autres griffes prestigieuses du portefeuille du groupe. Les reproductions concernaient non seulement l’esthétique générale, mais également des éléments identitaires clés comme les logos, typographies et agencements caractéristiques de certaines collections horlogères. Swatch soutenait que ces imitations pouvaient entraîner une confusion chez le consommateur et banaliser des codes de marque construits sur plusieurs décennies.

La procédure intentée par Swatch visait initialement un montant d’environ 170 millions de dollars, en lien avec l’ampleur supposée de la diffusion de ces cadrans et l’atteinte portée à l’image de ses marques de luxe. La Haute Cour de Londres a finalement retenu un préjudice nettement inférieur, à hauteur de 11,6 millions de dollars, mais ce chiffre reste symboliquement significatif. Il entérine l’idée qu’un fabricant de smartwatches ne peut se retrancher derrière les développeurs tiers pour échapper à ses responsabilités en matière de propriété intellectuelle.

Le jugement souligne en effet la responsabilité de Samsung dans la gestion de sa plateforme d’applications pour montres connectées. Swatch reprochait au groupe de ne pas avoir mis en place des mécanismes suffisamment efficaces pour empêcher la publication et la diffusion de watchfaces manifestement inspirés de modèles existants protégés par le droit des marques et le droit d’auteur. En laissant circuler ces contenus, le fabricant se serait rendu complice d’atteintes répétées aux droits de propriété intellectuelle détenus par le groupe suisse.

Cette affaire illustre de façon très concrète un enjeu grandissant à l’ère de la convergence entre horlogerie traditionnelle et électronique grand public. Les cadrans, physiques ou digitaux, sont au cœur de l’identité d’une montre. Pour les maisons historiques comme Longines, Breguet ou Omega, chaque détail – des index aux proportions en passant par le dessin des aiguilles – participe d’un patrimoine esthétique jalousement protégé. La transposition de ces codes dans des environnements numériques multiplie les risques de contrefaçon, en particulier lorsque des plateformes ouvrent largement leurs portes à des développeurs indépendants.

Avec la montée en puissance des smartwatches, la frontière entre design horloger et interface logicielle s’estompe progressivement. Les watchfaces sont devenus de véritables terrains d’expression créative, mais aussi un champ de tension pour les marques de luxe, qui voient leurs signatures visuelles parfois reprises, détournées ou copiées à l’identique. Cette décision de la Haute Cour de Londres envoie un message clair : les acteurs de la tech doivent considérer les cadrans numériques comme des objets de design à part entière, soumis aux mêmes règles de protection que les pièces physiques.

Pour Swatch Group, cette victoire judiciaire s’inscrit dans une stratégie globale de défense active de son portefeuille de marques. Le groupe, qui regroupe certains des noms les plus emblématiques de l’horlogerie suisse, veille particulièrement à limiter la prolifération de produits ou contenus pouvant affaiblir la valeur perçue de ses créations. Au-delà du montant obtenu, la condamnation de Samsung constitue un précédent susceptible de renforcer sa position dans de futurs litiges, notamment face à des plateformes numériques.

Du côté des fabricants de montres connectées et des opérateurs de boutiques d’applications, ce jugement devrait inciter à un contrôle plus rigoureux des contenus proposés par les développeurs. La mise en place de processus de validation renforcés, la capacité à détecter les imitations manifestes de modèles iconiques et la coopération avec les détenteurs de droits risquent de devenir des enjeux centraux. Pour l’utilisateur final, la décision rappelle que le téléchargement d’un cadran imitant une montre de luxe n’est pas un geste anodin, mais s’inscrit dans une problématique plus large de respect de la création et des marques.

Si Swatch n’a pas obtenu la totalité des sommes qu’il réclamait, cette condamnation apporte une reconnaissance officielle du préjudice et consacre une lecture stricte des règles de propriété intellectuelle dans l’univers des smartwatches. Elle pourrait encourager d’autres marques de luxe, horlogères ou non, à se montrer plus offensives vis-à-vis des interfaces numériques qui reprennent leurs codes visuels sans autorisation. À terme, le marché des watchfaces pourrait se structurer davantage autour de partenariats et de licences officielles, offrant aux utilisateurs des designs authentiques tout en garantissant une rémunération et une protection pour les créateurs.

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