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Cartier et Myriam Hubert : la panthère en verre

CartierPublié 3 min de lecture

L’avis du Remontoir

Cartier ne se contente pas d’accrocher une signature de métier d’art à son image : la maison donne à la marqueterie de verre une échelle que l’horlogerie et la joaillerie revendiquent rarement. La collaboration avec Myriam Hubert, engagée après leur rencontre au salon Révélations en 2022, transforme un savoir-faire décoratif en véritable langage de façade, avec des pièces capables de rivaliser par leurs dimensions avec les dispositifs de communication de Cartier. Pour un passionné de haute horlogerie, l’enjeu est là : voir le motif de la panthère quitter le cadran ou le bijou pour devenir une matière architecturale, sans perdre son identité.

Le choix de Myriam Hubert n’a rien d’un simple recours à l’artisanat d’art comme habillage. Sa technique se situe entre mosaïque et vitrail : des fragments de verre et de miroir sont assemblés en panneaux muraux, dont l’apparence varie selon l’angle de vue et la réflexion de la lumière. Cette spécificité explique l’intérêt de Cartier pour une artiste dont le travail ne reproduit pas seulement un motif, mais construit une surface changeante — un principe particulièrement cohérent avec une maison qui fonde une part de son vocabulaire sur les jeux de lumière de la joaillerie.

La collaboration a déjà produit des réalisations à l’échelle du retail international. Un panneau ornemental de 3,10 m sur 2,90 m, achevé en 2025, a été destiné à la boutique Cartier de Riyad. D’autres œuvres monumentales ont été installées dans les boutiques de Tokyo, New York et Dubaï : cette diffusion confirme que le verre n’est pas traité comme une pièce isolée, mais comme un élément de l’expérience architecturale de la maison dans plusieurs marchés stratégiques.

Le passage le plus visible s’effectue désormais à Paris, avec une panthère en mosaïque de verre noire et or réalisée pour la campagne de Cartier. Déployée sur les bâches monumentales de la Monnaie de Paris, de l’Hôtel-Dieu et de l’église de la Madeleine, elle transpose l’animal fétiche du joaillier dans un matériau dont la profondeur vient des reflets plutôt que de la brillance d’une pierre. C’est précisément ce déplacement qui donne à l’opération sa portée : Cartier ne juxtapose pas une artiste à son récit, il fait entrer son vocabulaire iconique dans la logique physique d’un autre savoir-faire.

Le contexte de Révélations éclaire enfin la stratégie. Présentée lors de l’édition 2025 de la biennale au Grand Palais, la marqueterie de verre de Myriam Hubert y était déjà identifiée comme un travail susceptible d’intéresser les décorateurs et les maisons de luxe, aux côtés de Boucheron. Cartier prolonge cette reconnaissance en commandant des œuvres conçues pour ses espaces et ses façades, avec une contrainte qui n’est plus celle du tableau ou du panneau d’exposition : supporter une présence monumentale tout en conservant la précision graphique attendue d’une panthère Cartier.

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