Audemars Piguet : Renée Levi investit la Hayward
L’avis du Remontoir
L’intérêt de cette commande n’est pas qu’Audemars Piguet ajoute une signature artistique à son récit de marque : c’est qu’AP Contemporary accepte enfin de se mesurer à la peinture elle-même. Avec Renée Levi, le programme abandonne le registre plus attendu de l’objet ou de l’installation pour engager une œuvre qui doit composer avec une architecture brutaliste réelle, visible par tous et appelée à disparaître après quelques semaines. Pour un amateur de haute horlogerie, le déplacement est concret : la maison ne finance pas seulement une exposition, elle transpose dans l’espace public une logique de conception fondée sur la structure, la matière et la contrainte.
Dévoilé le 23 septembre 2026, le diptyque de Renée Levi est installé sur la façade de la Hayward Gallery, au sein du Southbank Centre londonien, et reste visible jusqu’au 15 novembre. Cette durée limitée empêche de le considérer comme une simple décoration pérenne du bâtiment : l’œuvre fonctionne comme une intervention temporaire, à l’image d’une édition horlogère ou d’un prototype dont la valeur tient aussi à son contexte et à sa fenêtre d’observation.
Le choix de la Hayward Gallery donne à cette première picturale d’AP Contemporary une difficulté que ne résoudrait pas une toile accrochée en salle. Levi construit sa composition à partir des saillies, des fenêtres et des niveaux de la façade, afin de relier les surfaces hautes et basses en un geste continu, plutôt que de plaquer une image sur le béton. Le support, assemblé en modules sur une toile industrielle perforée conçue pour résister à l’extérieur, fait de la contrainte technique une partie visible du projet.
La rupture est également institutionnelle : il s’agit de la première œuvre peinte commandée par AP Contemporary, ainsi que de la première commande publique de grande échelle de Renée Levi au Royaume-Uni. Le programme ne se contente donc pas d’importer une pratique existante dans un décor prestigieux ; il accompagne son passage à une échelle et à un contexte nouveaux, avec une peinture pensée dès l’origine pour dialoguer avec un monument précis du brutalisme londonien.
La façade sera traversée par sept couleurs fluorescentes, un choix qui ne cherche pas à neutraliser la rudesse du bâtiment mais à la rendre plus perceptible par contraste. C’est là que l’opération devient plus intéressante qu’un partenariat culturel interchangeable : Audemars Piguet ne pose pas son logo à côté d’une œuvre, elle soutient une intervention où la couleur, le mouvement du regard et la géométrie du bâtiment produisent une expérience située — impossible à dissocier de la Hayward Gallery et de son architecture.
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